Un dialogue international mené par l'ICTJ sur les nouvelles commissions de justice syriennes explore les possibilités pour une paix durable

11/08/2025

L'ICTJ, en collaboration avec le Ministère des Affaires étrangères du Royaume des Pays-Bas, a récemment organisé à Genève le premier dialogue international en soutien aux deux nouvelles commissions de justice syriennes. Du 10 au 11 juillet, les membres des commissions nationales pour la justice transitionnelle et pour la recherche des personnes disparues se sont joints à des représentants de groupes de victimes syriennes et à des experts et praticiens du monde entier pour discuter des opportunités et des défis actuels pour la paix et la justice en Syrie, ainsi que de la meilleure façon de soutenir les institutions naissantes dans l'accomplissement de leur mandat et la promotion de la reconnaissance, de la vérité, de la responsabilité et de la réparation.

« La reconstruction prendra certainement des générations, mais nous devons garantir justice et réparations », a affirmé un représentant de la société civile et membre du projet « Bridges of Truth ». 

La réunion a débuté par la présentation du nouveau rapport « Notre douleur s'est transformée en politique », qui résume les principales observations formulées par les Syriens lors des dialogues communautaires organisés par l'ICTJ et les organisations de Bridges of Truth en avril 2025 et identifie les axes d'action prioritaires. Lors de la discussion qui a suivi, les participants se sont accordés sur un point essentiel : si l'espoir d'une Syrie plus juste est omniprésent, les défis à venir restent considérables.

L'un des principaux défis réside dans la conception de processus de justice transitionnelle inclusifs. « Nous voulons avant tout éviter une justice sélective, car c'est pire que l'absence de justice », a souligné un représentant de la société civile. Pour répondre pleinement aux besoins spécifiques des victimes, ces initiatives doivent reconnaître les expériences individuelles façonnées par le genre, la religion et le lieu d'origine. Elles doivent également intégrer une approche de soutien psychosocial qui tienne compte du traumatisme subi par les victimes et leurs familles, leur fournisse une prise en charge et des soins appropriés, et leur garantisse de pouvoir participer à ces processus en toute sécurité et sans risque de retraumatisation.

La conversation a ensuite porté sur les mandats des deux commissions, permettant aux présidents respectifs de décrire leur portée et de répondre aux questions des participants.

Le président de la Commission nationale pour la justice transitionnelle, M. Abdel Baset Abdel Latif, a présenté les priorités de l'institution, notamment le maintien de l'indépendance de ses membres. Il a également affirmé son engagement en faveur d'un processus inclusif garantissant la participation active de toutes les victimes, des femmes et de la société civile. Reconnaissant l’importance pour la société syrienne de mettre en place des institutions solides et équitables qui servent véritablement les intérêts du peuple, et ce dès le début de leur travail, il a exhorté les participants à faire preuve de patience et a appelé la communauté internationale à collaborer étroitement avec les acteurs étatiques et la société civile, tant au niveau national que local.

De son côté, le président de la Commission nationale pour les personnes disparues, le Dr Mohammad Ridha Jalkhi, a souligné certaines priorités institutionnelles : faire lumière sur le sort des personnes disparues, y compris des enfants, et veiller à ce que les fosses communes soient correctement préservées et fouillées, et que les restes humains qui y sont trouvés soient identifiés et rendus aux familles. À cette fin, il a déclaré que la commission devait établir une méthodologie rigoureuse pour ses travaux.

Le lendemain, les participants ont approfondi le sujet des personnes disparues, avec des experts colombiens, mexicains et argentins, ainsi que des représentants d'organisations internationales spécialisées dans cette question, qui ont partagé leurs conseils techniques et leurs enseignements avec le Dr Ridha Jalkhi et son équipe. Les discussions ont porté sur des sujets variés, notamment la collecte et l'archivage des preuves, l'accès aux informations connexes, la protection des fosses communes et autres sites, et le rôle des auteurs présumés dans la recherche de la vérité.

Les participants ont unanimement reconnu que la collaboration avec toutes les familles des personnes disparues était essentielle au succès de la commission et à la découverte de leur sort de manière plus générale. Cela inclut les familles qui ne sont pas affiliées à des associations et qui sont souvent exclues des mécanismes officiels. Comme l'a justement souligné un expert, « les familles ont recherché leurs proches avant tout le monde ». Par conséquent, elles doivent être impliquées à chaque étape du processus, car elles continueront à faire face à leur perte longtemps après la fin du mandat de la commission.

Les participants ont également affirmé que, même si les parties prenantes syriennes peuvent s’inspirer d’autres contextes de justice transitionnelle, elles doivent développer un processus centré sur les victimes, adapté aux circonstances uniques du pays et qui tire parti de leurs connaissances, capacités et ressources.

En définitive, les discussions de ces deux jours ont révélé une profonde crise de confiance en Syrie. Le peuple syrien a perdu confiance dans les institutions de son pays, dans la communauté internationale, et même dans ses propres concitoyens. « Il est essentiel de rétablir la confiance dans les institutions, mais il est tout aussi crucial de renouer les liens entre les syriens. Ils doivent pouvoir s'écouter et se faire confiance », a expliqué Nousha Kabawat, responsable du programme Syrie de l'ICTJ. « Mais si cette confiance doit être rétablie patiemment, elle ne se décrète pas ; elle doit être cultivée par la transparence, la participation et la reconnaissance effective des droits de chacun. »

La clé du rétablissement du tissu social en Syrie réside dans un processus de justice transitionnelle complet, inclusif et centré sur les victimes, qui reconnaisse et enquête sur les crimes passés, demande des comptes aux auteurs et rende justice et réparation aux victimes. La création des deux commissions constitue une avancée majeure à cet égard et offre une opportunité pour une justice véritable et une réconciliation nationale.

Cependant, alors que ces commissions entament sérieusement leurs mandats, il est essentiel de rappeler combien il est crucial pour tous les acteurs – État, société civile et communauté internationale – de saisir cette opportunité et de travailler ensemble à l'édification d'une société juste et inclusive. « Nous ne pouvons pas tenir cette ouverture pour acquise. Nous avons malheureusement assisté à la rechute d’un trop grand nombre de pays », a averti Fernando Travesi-Sanz, directeur exécutif de l'ICTJ. « Aujourd'hui, alors que nous rentrons chez nous pleins d'espoir, nous devons garder à l'esprit la fragilité des processus de justice transitionnelle ainsi que les efforts et la vigilance nécessaires pour enfin parvenir à la paix. »

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PHOTO : Les participants au dialogue international en soutien aux commissions de justice syriennes pausent pour une photo de groupe à Genève, le 11 juillet 2025 . (ICTJ)