Une ombre sur la démocratie en Colombie

02/07/2025

Le 8 juin, la Colombie a appris la triste nouvelle : Miguel Uribe Turbay, sénateur de 39 ans et candidat à la présidence pour le parti d'extrême droite Centro Democrático, a été grièvement blessé par deux balles : une à la jambe et une à la tête. Trois semaines se sont écoulées depuis l'attaque et Uribe reste dans un état critique, luttant pour sa vie, tandis que les Colombiens, préoccupés par une nouvelle instabilité démocratique, sont hantés par les fantômes du passé.

Pour ceux d'entre nous qui ont vécu les jours les plus sombres de la guerre de Pablo Escobar contre le gouvernement et la société colombiens au début des années 1990, cette attaque ravive des souvenirs douloureux. À l'époque, la violence politique, visant principalement les candidats à la présidence et les dirigeants des partis de gauche, était monnaie courante. Le traumatisme de cette époque est encore vif pour de nombreux colombiens.

Mais la Colombie a changé. La violence actuelle n'est plus uniquement liée aux puissants cartels de la drogue qui tentent de soumettre le pays à leur volonté. Elle est désormais le fait de plus de dix groupes armés illégaux, urbains et ruraux, qui se sont scindés en factions locales contrôlant divers secteurs des industries illicites du pays : production de cocaïne, exploitation minière illégale, traite d'êtres humains et extorsion, entre autres.

Dans le cadre de la stratégie de « Paix totale », le gouvernement du président Gustavo Petro a ouvert des négociations avec certains de ces groupes. Des améliorations ont ainsi été constatées au niveau local, avec une diminution des meurtres, des déplacements forcés et des disparitions dans certaines régions, mais ces avancées restent fragiles. De plus, les négociations n'ont pas encore abouti à des progrès significatifs en matière de désarmement et de réinsertion de ces groupes dans la vie civile. Les conflits entre factions rivales pour le contrôle du territoire et des marchés illégaux continuent de saper les efforts de paix. Et le temps presse – le mandat de Petro expire le 7 août 2026.

Parallèlement, la stratégie sécuritaire du gouvernement semble mal adaptée pour faire face à ce nouveau type de violence, plus fragmenté. La réponse a été lente, décousue et dénuée de renseignements et de capacités opérationnelles.

Les campagnes présidentielle et législative pour les prochaines élections, prévues en 2026, sont déjà en cours dans un climat très polarisé. Accusations et insultes fusent quotidiennement entre rivaux politiques.

L'alternance du pouvoir entre la gauche, le centre et la droite – signe distinctif d'une démocratie fonctionnelle – est encore récente en Colombie, l'arrivée au pouvoir du gouvernement de gauche de Petro en étant le premier exemple. Alors que la population rejette de plus en plus une politique fondée sur les privilèges, les élites traditionnelles du pays tardent à accepter le changement structurel profond exigé par l'électorat.

C'est dans ce contexte instable qu'a eu lieu l'attaque contre Miguel Uribe. Ce jeune homme politique conservateur représente une faction de la droite dure qui conserve une influence considérable en Colombie. Cette fusillade soulève des questions troublantes pour les colombiens. À qui profite la déstabilisation du pays ? À qui profite l'affaiblissement du premier gouvernement de gauche à l'approche de la fin de son mandat ?

Jusqu'à présent, les enquêteurs poursuivent deux axes principaux : premièrement, l'attaque a été perpétrée par une organisation criminelle disposant de ressources et de capacités de planification importantes ; deuxièmement, compte tenu du profil d'Uribe, le mobile était politique. Alors que sa famille et ses amis espèrent un miracle, le pays exige des réponses et, une fois de plus, justice. À l'approche des élections nationales, les colombiens espèrent que la peur et la colère ne seront pas les facteurs décisifs.

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PHOTO : Un homme participe à une performance organisée à Tunja lors de la grève nationale et des manifestations qui ont eu lieu en Colombie en novembre 2019 pour protester contre les réformes fiscales proposées et l'échec perçu du gouvernement à mettre en œuvre l'accord de paix de 2016 et à s'attaquer aux inégalités et autres problèmes sociaux. (Maria Margarita Rivera/ICTJ)