Le 8 août à Washington, DC, lors d'une rencontre avec le président américain Trump, le Premier ministre arménien Nikol Pachinian et le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev ont signé la Déclaration commune sur l'avenir des relations , s'engageant à « construire un avenir radieux, non limité par les conflits passés, conformément à la Charte des Nations Unies ». L'administration Trump et certains médias ont salué cette déclaration comme un « accord de paix historique ». En réalité, il ne s'agit ni d'un traité ni d'une fin au conflit du Haut-Karabakh qui dure depuis 37 ans, mais plutôt d'un cadre politique qui requiert le soutien et l'attention de la communauté internationale.
La déclaration du 8 août appelle les parties à parapher l'Accord sur la paix et les relations interétatiques, à renoncer au recours à la force et aux revendications territoriales, à délimiter les frontières communes, à régler tous les différends interétatiques par les voies légales appropriées, à établir des relations diplomatiques et à coopérer pour la recherche des personnes disparues. Elle appelle à la clôture du long processus de Minsk de l'OSCE et promet d'ouvrir les communications, notamment en construisant une route à travers l'Arménie pour relier l'Azerbaïdjan à son enclave du Nakhitchevan. Deux mémorandums signés avec les États-Unis ancrent l'accord dans des incitations économiques : l'Arménie obtient des partenariats sur la sécurité des frontières, la diversification énergétique et la technologie ; l'Azerbaïdjan obtient des engagements dans les domaines du commerce, de l'énergie et des infrastructures numériques.
Des experts de la région ont critiqué l'accord, l'un d'eux le qualifiant de « monument de craintes et de méfiance mutuelles ». Sa fragilité est indéniable, son cadre reposant sur des promesses d'investissements, la sécurité des voies de transit et de nouvelles réglementations douanières, sans aucune garantie institutionnelle nationale ou multilatérale, hormis les paroles des dirigeants. De plus, la Russie ou l'Iran, qui ont tous deux des intérêts dans la région, pourraient interpréter une déclaration négociée par les États-Unis comme une menace et chercher à la contrer ou à intervenir dans le processus de paix.
Parallèlement, les politiques intérieures respectives des deux pays ne font qu'aggraver la fragilité de l'accord. L'Azerbaïdjan réprime la dissidence et freine la société civile, organise des procès truqués contre des détenus arméniens et exige une modification constitutionnelle en Arménie comme condition à la signature d'un accord de paix. Il ignore le déplacement massif d'Arméniens du Haut-Karabakh en 2023 et néglige les préoccupations concernant le patrimoine culturel arménien sous son contrôle.
En Arménie, les efforts largement soutenus pour faire face aux violations passées des droits humains, notamment celles liées au conflit du Haut-Karabakh et pour lancer de vastes réformes entamées à la suite de la révolution de 2018, ont perdu de leur élan après la défaite du pays dans le conflit en 2020. L’élan en faveur d’un changement transformateur semble s’être affaibli, laissant les institutions de l’État faibles et la société incertaine à l’approche des élections parlementaires de 2026.
Plus important encore, la série d'accords exclut largement les mesures qui répondent aux droits et aux besoins des victimes, signalant ainsi aux autres dirigeants autoritaires que les guerres peuvent effectivement résoudre les conflits et que les incitations économiques peuvent servir à écarter le droit, la responsabilité et la justice. La tendance aux négociations menées par les élites, instaurée depuis le début du conflit, se poursuit. Exclues du processus, les victimes arméniennes et azerbaïdjanaises ont peu de recours pour obtenir reconnaissance, justice et réparation.
Malgré sa fragilité, la déclaration offre néanmoins des perspectives prometteuses en tant que cadre pour une paix durable. Pour la première fois, Bakou et Erevan ont approuvé un texte rédigé dans leurs capitales respectives, et non imposé par Bruxelles, Paris, Moscou ou Washington. L'Arménie et l'Azerbaïdjan ont affirmé leur souveraineté respective et se sont engagés à un dialogue pacifique. Si les protocoles d'accord privilégient les liens économiques avec Washington plutôt qu'entre eux, ils peuvent constituer une étape intermédiaire prudente vers la coopération entre des sociétés épuisées par des décennies de guerre et de déplacements. La coopération économique pourrait donner aux deux nations un espace de répit, de reconstruction et de dialogue.
Une paix durable exige toutefois de placer les droits des victimes au cœur de ses préoccupations. Bien que le cadre actuel soit peu rigoureux en matière de responsabilité et de justice, les engagements pris dans la déclaration, ainsi que le potentiel de coopération économique, ouvrent une étroite fenêtre d'opportunité. Si chaque pays doit faire face à son passé, il peut saisir cette opportunité dès maintenant en investissant dans des programmes de développement qui accordent la priorité aux victimes et à leurs communautés et adoptent une approche réparatrice. Ce faisant, ce cadre fragile pourrait servir de fondement à un processus de paix plus large, susceptible d'inclure à terme une recherche de la vérité binationale, des mémoriaux communs et une véritable réconciliation.
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PHOTO : Le Premier ministre arménien Nikol Pashinyan (à droite), le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev (à gauche) et le président américain Donald Trump (au centre) présentent la déclaration conjointe sur les relations futures signée, le 9 août 2024, à Washington, DC. (Maison Blanche des États-Unis)