Partout en Syrie, nous continuons d'être témoins de violations des droits humains et d'abus qui vont à l'encontre des principes mêmes sur lesquels la révolution a été fondée : respect, dignité, liberté et justice pour tous. Les récents événements sur la côte et à Soueida n'ont fait qu'accentuer le sentiment de peur et de méfiance déjà ressenti par de nombreuses communautés. Quels que soient leurs auteurs, ces violations risquent d'aggraver des blessures encore vives, d'en infliger de nouvelles et de compromettre la lutte de la nation pour rétablir la confiance entre ses citoyens et les institutions censées les servir.
Ces derniers mois, la Commission nationale syrienne pour la justice transitionnelle et la Commission nationale syrienne pour les disparus ont travaillé d'arrache-pied pour s'établir, entamer des consultations et poser les bases de leurs mandats. Elles ont déployé des efforts pour renforcer leur crédibilité auprès des Syriens et de la communauté internationale. Mais la confiance ne se décrète pas. Elle se mérite. Et aujourd'hui, en ce moment critique, les commissions doivent démontrer par leurs actions qu'elles sont prêtes à diriger avec indépendance, transparence et courage, et qu'elles existent avant tout pour servir les victimes.
La justice transitionnelle vise essentiellement à apporter des changements et à transformer des sociétés comme celle de la Syrie, au lendemain de la guerre et de l'oppression. Il s'agit d'accorder réparation aux victimes et de demander des comptes aux auteurs afin de briser les cycles d'exclusion, de déni et d'abus qui ont marqué le passé syrien, et de construire de nouvelles relations entre les Syriens et avec l'État.
Si, au contraire, comme cela s'est produit par le passé, les nouvelles institutions restent silencieuses lorsque les victimes ont besoin d'être reconnues ou évitent de prendre des positions fermes alors que des abus sont commis, le processus risque de perdre toute crédibilité et tout sens. Les Syriens ne feront plus confiance à des institutions qui semblent indissociables de celles qui les ont laissés tomber auparavant.
C'est pourquoi les nouvelles commissions doivent être disposées à reconnaître clairement les violations où qu'elles se produisent et à s'exprimer au nom des victimes sans discrimination ni crainte de pressions politiques. Elles doivent faire preuve d'une véritable indépendance en veillant à ce qu'aucune communauté ni aucun individu ne soit laissé pour compte, quel que soit son lieu de résidence ou l'identité de l'auteur du crime. Leur composition et leurs décisions doivent refléter toute la diversité de la Syrie, afin que personne ne se sente exclu du processus et que les victimes se sentent représentées et entendues.
La reconnaissance exige à la fois des paroles et des actes. Une condamnation formelle des atrocités commises à Soueida et dans d'autres régions où des violations sont commises, ainsi que la reconnaissance de toutes les victimes, sont nécessaires et attendues.
Il est tout aussi important que les commissions prennent des mesures pour se coordonner avec d'autres organismes, lorsque cela est nécessaire et approprié, afin de garantir l'avancement de leurs missions. Elles doivent également communiquer ouvertement et régulièrement avec les Syriens, en particulier les victimes et leurs familles. Elles doivent expliquer leur fonctionnement, leurs destinataires et la manière dont elles répondent aux besoins de la population, en particulier en cette période où la confiance dans les institutions reste fragile. Construire sa crédibilité exige un engagement continu, des messages accessibles et une volonté de reconnaître les contraintes auxquelles elles sont confrontées.
Les commissions ont réitéré à maintes reprises leur engagement à être inclusives, indépendantes et centrées sur les victimes. Il est temps de tenir ces promesses. Leurs actions actuelles donneront le ton à l'ensemble du processus de justice transitionnelle. Ne pas le faire ne fera qu'engendrer la méfiance et miner leur crédibilité. Des actions claires, concrètes et fondées sur des principes stricts montreront au contraire aux Syriens et au monde que ces institutions sont de véritables mécanismes de vérité, de justice et de guérison.
Il ne s'agit pas simplement de répondre à une crise ou aux besoins d'une région. La manière dont les commissions réagissent aujourd'hui constituera un précédent quant à leur action en cas de violations ou de griefs civiques, où que ce soit en Syrie. Elles doivent adopter une approche proactive leur permettant de répondre à toute situation avec clarté morale et indépendance, même lorsque l'engagement direct est difficile. Elles doivent élaborer un plan stratégique et des politiques pour guider leur travail. Cela comprend l'établissement de principes clairs de communication publique, de protocoles d'interaction et de protection des individus et des communautés lors de leur participation aux consultations et autres processus, ainsi qu'un engagement centré sur les victimes, même lorsque l'accès aux communautés est limité. Les commissions doivent également poursuivre les consultations conformément à leur mandat et s'engager à en publier une version publique pour commentaires.
Le peuple syrien attend depuis trop longtemps des institutions véritablement à son service. Chaque décision prise par les commissions aujourd'hui les rapprochera ou les éloignera de la confiance et du respect nécessaires à leur réussite. Le moment est venu de montrer l'exemple. La crédibilité du processus de justice transitionnelle en Syrie et l'espoir de millions de personnes qui aspirent à un avenir libéré de l'oppression en dépendent.
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PHOTO : Une fresque murale à Damas représentant l'ancien président Hafez al-Assad, connu pour avoir dirigé des massacres brutaux de civils dans les années 1980, est recouverte du drapeau de la révolution syrienne, le 28 avril 2025. (Abedalbaset Alhasan/ICTJ)