Sept ans après son approbation, le projet ambitieux de démobilisation des groupes armés illégaux en Colombie, baptisé Justice et Paix, est en crise. Le fait qu'il n'ait abouti qu'à sept condamnations, la plupart ayant fait l'objet d'un appel et une seule confirmée en appel, est perçu comme la preuve de son échec après tant d'années. Le gouvernement estime qu'au rythme actuel, le processus prendrait près d'un siècle.
L'un des principaux points de débat dans la réforme de la loi concerne la sélection et la priorisation des affaires. Dans cette analyse, Paul Seils, vice-président de l'ICTJ, examine les faiblesses de la loi actuelle, résume les stratégies de sélection mises en œuvre en matière de justice internationale et propose une nouvelle stratégie de sélection et de priorisation des affaires pour la loi colombienne sur la justice et la paix.
Seils souligne qu'il est important de définir clairement la notion de « responsables principaux » afin de déterminer qui doit être poursuivi. « Juridiquement, on considère généralement que les auteurs directs d'un crime portent une plus grande responsabilité que leurs complices. Mais il en va autrement sur le plan moral, notamment si l'on considère la grande complexité des mécanismes mis en place pour perpétrer des crimes », écrit Seils.
Dans le cas de la Colombie, « non seulement ceux qui ont ordonné la commission des atrocités doivent être traduits en justice, mais aussi les financiers, les hommes d’affaires, les politiciens, les fonctionnaires et tous les autres dont les contributions ont été essentielles à la création ou au maintien de ce phénomène, même s’ils n’ont pas été directement impliqués dans la perpétration spécifique des atrocités », écrit Seils.